1
la forme d’un homme (L’Aleph)
brûlante matinée
dans l’indispensable pénombre les
cigarettes réconfortent la mémoire &
l’extase fragile du sud dans l’enfance les paysages se
dépeuplent la ronde lenteur des jours autorise les nuits l’ivresse immobile à
présent le voyage inutile ici ma vie travaille sans
réclame sans vanité métrique les
jours réclament une épopée laborieuse bruit augural de
ma lecture argentine lenteur des habitudes & de la
vérité désormais inutile la
douleur de la phrase partagée pour dire l’intime du
poème le
portrait d’elle perdue C moi dans l’obscurité futile de
mes paroles les
yeux fermés maintenant dans le miroir par exemple la
violence des lettres comme des grappes de
survivants lettres obscènes la
mort sur ton visage le
vertige d’être simplement car
mes yeux sont aveugles & ma bouche muette aujourd’hui il
est temps de former cette
lettre qui a la forme d’un homme
(février 2000)
2
le soleil du matin (La Demeure d’Astérion)
dois-je nommer ou couvrir d’un voile la
vérité nue
le moment venu dire le jour dire la
nuit
ici
me parviennent les rumeurs d’un autre monde les
murmures d’un ailleurs inconnu j’ai le
pressentiment d’un jeu &
je vais à la rencontre de
l’autre
ombre multiple visage anonyme j’ai croisé ton rire étoilé dans une
rue nocturne
ici
j’ignore ton nom & je veux oublier celui de la fleur rouge sur le sable &
la fleur même car
le moment n’est pas venu de tout dire car
l’écriture d’une lettre est une supplication car
mes nuits sont des miroirs où mes jours se répètent
détails de mon corps morceaux détritus d’une ville
elle & moi dans la
demeure transparente corrida de l’amour nous restons endormis & nos corps sont la
preuve du temps car la mort est aveuglante dans
le soleil du matin
(février 2000)
