Au défaut de l’épaule

Souvenir Facebook Samedi 20 août 2022
 
« Au défaut de l’épaule,
Je parapherai ton dos
D’une ouverture secrète
Où loger le calame
Et la lame du couteau »
 
Marie-Laure Ruiz-Maugis, La nuit nous surprendra toujours

je me suis aperçu que je n’avais pas besoin de le boire pour aimer le vin

Souvenir Facebook Samedi 20 août 2022
 
« […] je me suis aperçu que je n’avais pas besoin de le boire pour aimer le vin. Je l’aimais déjà, je l’aimais avant de le goûter, je l’aimais avant de le connaître, je l’aimais avant de naître, je l’aimais avant que les poètes m’apprennent à l’aimer, je l’aimais avant que l’homme se décide enfin à cultiver, apprivoiser, choyer la vigne comme un trésor inespéré. Je l’aimais avant de savoir que la vigne porte des fruits, avant même que l’homme s’en avise, avant que je trouve une grappe au fond d’une combe et que je la goûte, je l’aimais comme un paysage rêvé, je l’aimais comme un songe et je l’ai détesté comme un cauchemar. Je l’aimais avec la ferveur que je veux éprouver plus tard pour la femme que j’espère aimer. Je l’aimais avec la pudeur que j’imagine être celle des amants courtois, oui, j’aimais le vin comme le troubadour chérit sa Dame – sans la connaître. J’aime donc le vin parce que je ne le connais pas, et que jamais je ne le connaîtrai.
J’aime le vin parce qu’il m’est étrange, parce qu’il m’est familier, parce qu’il est incompréhensible et fabuleux. J’aime le vin parce que je ne peux m’empêcher d’aimer les hommes.
J’aime le vin que je bois, lorsqu’il mérite son nom. Dans ma cave, il n’y a pas de vin. Il n’y a que d’heureuses espérances. »
 
Jean-Claude Pirotte, Le silence, Stock, 2016, pp. 45-46.

En relisant aujourd’hui : « je me suis aperçu que je n’avais pas besoin de le boire pour aimer le vin »… mais quand je le bois, je l’aime encore plus. et, ayant la nostalgie de cet amour consommé, je me condamne volontiers à en boire un autre. et, ainsi de suite, tant qu’il n’y aura dans ma cave « que d’heureuses espérances »…
 

Catherine Bernard, Lambrusque

Souvenir Facebook Mardi 20 août 2024
 
« Nous ne voyons plus que le visible.
Nous ne connaissons plus la langue des plantes. »

 » Pour dire le temps qu’il fait,
et celui qui passe,
le mot est le même,
le temps.
Cela prête à confusion.
Dans les vignes,
le temps qu’il fait,
dit l’espace où je suis,
puisque c’est lui qui détermine mes gestes.
A la cave,
les vins disent le temps qui passe.
Cela va tout de suite mieux.
Est-ce cela que je suis allée chercher dans les vignes,
une fusion du temps et de l’espace,
qui dissipe la confusion entre l’un et l’autre,
abolit la compression de l’un,
l’expansion de l’autre ? « 
 
Catherine Bernard, Lambrusque, Les ateliers d’argol, 2024.