La surprise

#lasecondemain

28 septembre 2016

« La surprise doit être recherchée pour elle-même, inconditionnellement. »

André Breton (19/02/1896 – 28/09/1966), L’amour fou

Pessoa : Lorsque viendra le printemps

Souvenir Facebook Jeudi 26 septembre 2024
 
Lorsque viendra le printemps,
si je suis déjà mort,
les fleurs fleuriront de la même manière
et les arbres ne seront pas moins verts qu’au printemps passé.
La réalité n’a pas besoin de moi.
 
J’éprouve une joie énorme
à la pensée que ma mort n’a aucune importance.
 
Si je savais que demain je dois mourir
et que le printemps est pour après-demain,
je serais content qu’il soit pour après-demain.
Si c’est là son temps, quand viendrait-il sinon en son temps?
J’aime que tout soit réel et que tout soit précis ;
et je l’aime parce qu’il en serait ainsi, même si je ne l’aimais pas.
C’est pourquoi, si je meurs sur-le-champ, je meurs content,
parce que tout est réel et que tout est précis.
On peut, si l’on veut, prier en latin sur mon cercueil.
On peut, si l’on veut, danser et chanter tout autour.
Je n’ai pas de préférence pour un temps où je ne pourrai plus avoir de préférences.
Ce qui sera, quand cela sera, c’est cela qui sera ce qui est.
 
Fernando Pessoa (1888-1935), Le Gardeur de troupeaux, III Poèmes désassemblés, Gallimard, collection Poésie, traduit du portugais par Armand Guibert, p. 129.

Georges Perros : J’habite près de mon silence

Souvenir Facebook Samedi 23 septembre 2023
 
1er jour d’automne
centenaire Georges Perros
 
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« J’habite près de mon silence
à deux pas du puits et les mots
morts d’amour doutant que je pense
y viennent boire en gros sabots
comme fantômes de l’automne
mais toute la mèche est à vendre
il est tari le puits, tari. »
 
Georges Perros (1923-1978), J’habite près de mon silence, Editions Finitude, 2006.
 
P.-S. Et se souvenir que Perros était une des grandes références de Jean-Claude Pirotte. https://web.archive.org/web/20231001234327/https://marincazaou.pagesperso-orange.fr/cont/pirotte/un_bruit_ordinaire.html

Chant d’automne

Souvenir Facebook Vendredi 23 septembre 2022
Chant d’automne
Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.
Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon coeur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.
J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.
Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? – C’était hier l’été ; voici l’automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.
II
J’aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
Douce beauté, mais tout aujourd’hui m’est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l’âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.
Et pourtant aimez-moi, tendre coeur ! soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant ;
Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère
D’un glorieux automne ou d’un soleil couchant.
Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide !
Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l’été blanc et torride,
De l’arrière-saison le rayon jaune et doux !
Charles Baudelaire, Les fleurs du mal