Au bout de la nuit il y a une chambre…

Souvenir Facebook Jeudi 6 octobre 2022
 
Pessoa
 
Au bout de la nuit il y a une chambre toujours qui reste éclairée
comme un feu de berger sur la colline
ou comme une étoile inconnue
à qui nous donnons notre chiffre
ou celui de notre compagne
ou celui de l’absente
de la désirée de l’impossible
et cela suffit à notre pas pour que la peur
nous quitte et l’angoisse
de ce qui nous attend derrière la porte
Délivrés de notre poids
si nous marchons c’est comme en rêve
au bout de nous-mêmes il y a une chambre qui ne ferme pas
pareille à un bureau de tabac en plein midi
à une maison de passe à une pharmacie
au ciel de la marelle un jour d’été
une chambre unique où chacun peut entrer
s’asseoir ôter son masque et dire
à son image dans le miroir
je n’y suis pour personne
 
Guy Goffette, Eloge pour une cuisine de province, Champ Vallon, 1988

Francis Ponge, La fabrique du pré

Souvenir Facebook jeudi 28 septembre 2023
 
« […] selon Démocrite et Epicure, rien ne se crée de rien dans la nature (c.a.d. rien n’est créé). Rien ne se crée de rien, et il est bien évident que les « opera litteraria » le sont à partir des lettres et des mots et des signes de ponctuation, etc. (par simple permutation de ce que Lucrèce appelle « elementeria ». « 
 
Francis Ponge, La fabrique du pré
 
P.-S. : dans les herbes folles du pré
où les sentiers bifurquent
dans la forêt des signes
combinés à l’infini
cette matérialité de l’écriture
Gabriel Saad m’en a donné les premières clefs
dans ses cours à Paris 3 Sorbonne Nouvelle
 
N.B. C’était donc il y a bien longtemps, vers le milieu de la seconde moitié du siècle dernier.

La surprise

#lasecondemain

28 septembre 2016

« La surprise doit être recherchée pour elle-même, inconditionnellement. »

André Breton (19/02/1896 – 28/09/1966), L’amour fou

Pessoa : Lorsque viendra le printemps

Souvenir Facebook Jeudi 26 septembre 2024
 
Lorsque viendra le printemps,
si je suis déjà mort,
les fleurs fleuriront de la même manière
et les arbres ne seront pas moins verts qu’au printemps passé.
La réalité n’a pas besoin de moi.
 
J’éprouve une joie énorme
à la pensée que ma mort n’a aucune importance.
 
Si je savais que demain je dois mourir
et que le printemps est pour après-demain,
je serais content qu’il soit pour après-demain.
Si c’est là son temps, quand viendrait-il sinon en son temps?
J’aime que tout soit réel et que tout soit précis ;
et je l’aime parce qu’il en serait ainsi, même si je ne l’aimais pas.
C’est pourquoi, si je meurs sur-le-champ, je meurs content,
parce que tout est réel et que tout est précis.
On peut, si l’on veut, prier en latin sur mon cercueil.
On peut, si l’on veut, danser et chanter tout autour.
Je n’ai pas de préférence pour un temps où je ne pourrai plus avoir de préférences.
Ce qui sera, quand cela sera, c’est cela qui sera ce qui est.
 
Fernando Pessoa (1888-1935), Le Gardeur de troupeaux, III Poèmes désassemblés, Gallimard, collection Poésie, traduit du portugais par Armand Guibert, p. 129.