Georges Perros : J’habite près de mon silence

Souvenir Facebook Samedi 23 septembre 2023
 
1er jour d’automne
centenaire Georges Perros
 
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« J’habite près de mon silence
à deux pas du puits et les mots
morts d’amour doutant que je pense
y viennent boire en gros sabots
comme fantômes de l’automne
mais toute la mèche est à vendre
il est tari le puits, tari. »
 
Georges Perros (1923-1978), J’habite près de mon silence, Editions Finitude, 2006.
 
P.-S. Et se souvenir que Perros était une des grandes références de Jean-Claude Pirotte. https://web.archive.org/web/20231001234327/https://marincazaou.pagesperso-orange.fr/cont/pirotte/un_bruit_ordinaire.html

Chant d’automne

Souvenir Facebook Vendredi 23 septembre 2022
Chant d’automne
Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.
Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon coeur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.
J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.
Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? – C’était hier l’été ; voici l’automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.
II
J’aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
Douce beauté, mais tout aujourd’hui m’est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l’âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.
Et pourtant aimez-moi, tendre coeur ! soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant ;
Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère
D’un glorieux automne ou d’un soleil couchant.
Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide !
Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l’été blanc et torride,
De l’arrière-saison le rayon jaune et doux !
Charles Baudelaire, Les fleurs du mal

Robert Desnos : L’Équinoxe

Souvenir Facebook Lundi 23 septembre 2019
L’Équinoxe
Un coq à d’autres coqs répond. Le temps est gris,
L’équinoxe roulant ses tonneaux à grand-peine
Depuis la mer du Nord jusqu’aux bords de la Seine
À travers les odeurs, les éclairs et les cris.
Le corps décapité de l’évêque Denis
Saigne avec les raisins d’Argenteuil et Suresnes.
On enchaîne à des chars des héros et des reines.
Les temples, un à un, croulent sur les parvis
Mais, tout à l’heure encore, un arc-en-ciel de nuit
Enjambait la vallée et la lune vers lui
Roulait. Le jour parut et tout ne fut que brume.
Mérite-t-il vraiment le nom de jour, ce jour
Dont s’encrasse la ville et la vie et l’amour ?
Oui, car la flamme enfin, dans le brouillard s’allume.
Robert Desnos, in Contrée, 1942