Et si le poème, c’était simplement

Souvenir Facebook Vendredi 7 octobre 2022
 
Et si le poème, c’était simplement
ce qui reste en souffrance dans la déchirure
du ciel, comme une valise sans couleur
un gant dans l’herbe – et le rayon de soleil
s’amuse avec les serrures, l’agrafe en fer blanc
cependant que nous restons en retrait
empêtrés dans nos ombres
comme un enfant grandi trop vite
et qui ne sait plus rire.
 
Guy Goffette, Eloge pour une cuisine de province, Champ Vallon, 1988

Au bout de la nuit il y a une chambre…

Souvenir Facebook Jeudi 6 octobre 2022
 
Pessoa
 
Au bout de la nuit il y a une chambre toujours qui reste éclairée
comme un feu de berger sur la colline
ou comme une étoile inconnue
à qui nous donnons notre chiffre
ou celui de notre compagne
ou celui de l’absente
de la désirée de l’impossible
et cela suffit à notre pas pour que la peur
nous quitte et l’angoisse
de ce qui nous attend derrière la porte
Délivrés de notre poids
si nous marchons c’est comme en rêve
au bout de nous-mêmes il y a une chambre qui ne ferme pas
pareille à un bureau de tabac en plein midi
à une maison de passe à une pharmacie
au ciel de la marelle un jour d’été
une chambre unique où chacun peut entrer
s’asseoir ôter son masque et dire
à son image dans le miroir
je n’y suis pour personne
 
Guy Goffette, Eloge pour une cuisine de province, Champ Vallon, 1988

Jean-Yves Pouilloux, L’art et la formule

#lasecondemain

06/10/2017
 
l’art et la formule de Jean-yves Pouilloux, sur les traces de Merleau-Ponty sur les traces de Proust – ou l’inverse. mais pas que. aussi : Paulhan, Queneau, Michon, Montaigne, Nicolas Bouvier, P.-A. Jourdan, Alexandre Hollan, etc.
 
« Comment éviter de réduire la lumière qui baigne le monde à des noms de couleurs… » p. 25
 
« Il s’agit donc, pour retrouver la vérité de notre perception, de revenir, à travers les strates successives que nos habitudes, nos attentes, notre éducation, nos amours ont déposées entre le monde et nous, jusqu’à cette marque inaperçue qu’une première ouverture a inscrite en nous. Car nous sommes aveugles à ce qui nous entoure, déformant immédiatement ce qui est devant nous par la croyance que nous l’avons sous les yeux, que c’est vers l’extérieur qu’il convient de diriger notre attention. Tout au contraire, c’est en revenant vers nous que nous pourrons, peut-être, rejoindre ce qui est vérité de notre rapport au monde. » p. 37
 
« Il s’agit pour [Merleau-Ponty] d’aller vers ce qui n’avait pas encore en lui-même été pensé, il s’agit de mettre à l’épreuve le pouvoir de l’expression pour en déployer les capacités de découverte. […] Peut-être est-il possible de concevoir ainsi ce que Merleau-Ponty nomme la « chair » : ce moment de vibration sans cesse renouvelé où se rencontrent la parole humaine et le monde du silence et où s’opère « l’infatigable métamorphose du voyant et du visible, dont le principe est posé et qui est mise en route avec la première vision ». Que Proust ait guidé Merleau-Ponty sur cette voie aventureuse fait peu de doute […] » p. 40
 
Jean-Yves Pouilloux, L’art et la formule, Gallimard, coll. l’Infini, 2016, 204 p.
 
et aussi quelques extraits en ligne sur google books : https://goo.gl/H8ukwP

Sébastien Lapaque, On aura tout bu

Souvenir Facebook Samedi 1er octobre 2022
 
alors oui, je crois que c’est une bonne manière de commencer cette conversation avec le dernier livre de Sébastien Lapaque… par ces premières lignes…
 
« Ce n’est pas à la cave mais à la vigne que doit débuter toute conversation un peu sérieuse avec un vigneron. L’étourdi qui s’enferme dans le chai pour jacter comme un œnologue sans avoir jamais vu la feuille, la fleur ou le fruit s’expose à dire et à entendre beaucoup de bêtises. C’est une leçon jadis reçue de la bouche de
Marcel Lapierre, le regretté vigneron de Villié-Morgon : pour tutoyer le vin et ses mystères, il faut toujours en revenir aux questions agricoles, sol, plante, terroir, météo, culture. Un demi-clair matin de juin, à Avize, en Champagne, c’est donc dans la parcelle Les Chantereines – un bas de coteau argileux peu pentu et orienté vers l’est – qu’a commencée ma conversation sur le chardonnay avec Anselme Selosse. »
 
Sébastien Lapaque, On aura tout bu, Actes Sud, 2022