
Je me trouve et me perds


Une ferme en Chalosse

Souvenir Facebook Mercredi 14 août 2024
« Comme un qui s’est perdu dans la forêt profonde
Loin de chemin, d’orée, et d’adresse, et de gens ;
Comme un qui en la mer grosse d’horribles vents,
Se voit presque engloutir des grands vagues de l’onde ;
Comme un qui erre aux champs, lorsque la nuit au monde
Ravit toute clarté, j’avais perdu longtemps
Voie, route et lumière, et presque avec le sens,
Perdu longtemps l’objet, où plus mon heur se fonde.
Mais quand on voit (ayant ces maux fini leur tour)
Aux bois, en mer, aux champs, le bout, le port, le jour,
Ce bien présent plus grand que son mal on vient croire.
Moi donc qui ai tout tel en votre absence été,
J’oublie, en revoyant votre heureuse clarté,
Forêt, tourmente, et nuit, longue, orageuse, et noire. »
Etienne Jodelle, « Comme un qui s’est perdu dans la forêt profonde », Sonnets, Edition d’Agnès Rees, Préface de Florence Delay, Poésie / Gallimard, 2023.
Je m’en doutais, un peu, voyant que Florence Delay avait signé la préface de cette édition : « Il m’est impossible d’en parler sans évoquer notre rencontre. J’avais vingt ans, je préparais un certificat de littérature française qui portait sur la Pléiade. L’ouvrage conseillé par nos maîtres était l’Histoire de la Pléiade d’Henri Chamard. […] Le mauvais traitement que l’historien faisait subir à cet inconnu [Jodelle], la fête (j’aimais déjà beaucoup les fêtes) organisée en quatre jours, son échec, la maladie qui s’ensuivit, tout cela m’intrigua mais je n’avais guère le temps alors d’élucider l’affaire. Je me promis d’y revenir un jour. Pas mal d’années passèrent. Cela devint un roman : L’Insuccès de la fête. «
Florence Delay, « Entrée d’Etienne Jodelle ».
L’Insuccès de la fête, publié en 1980. Il m’est impossible d’en parler sans évoquer notre rencontre. C’est au début des années 80, à Paris 3 Sorbonne Nouvelle. A Censier, très précisément. C’est dans le cours de littérature comparée sur le roman contemporain de Gabriel Saad, en 1983, il me semble. L’année du Fémina de Florence Delay. Découvert ce roman, et ce poète. Et tombé sous le charme de l’un, et de l’une. D’autant plus que je suivais aussi les cours de littérature comparée de Florence Delay. Des années plus tard, en 2001, Gabriel Saad et Florence Delay me feraient l’honneur de participer à Saint Emilion au colloque « Le vin dans ses oeuvres ». Que j’avais imaginé comme une sorte de fête. Ce fut un grand succès.

Souvenir Facebook Jeudi 14 août 2025
depuis juillet 2020 j’écris un poème évolutif sur l’esprit des lieux, ce travail s’intitule le Dit des Lieux, il est alimenté au gré de mes voyages et de mes lectures, l’idée étant de lire ou de relire certains auteurs liés aux lieux où je me trouve… ici, sur la côte de granit rose, en pays d’Armor, j’ai choisi de relire Georges Perros – qui certes vivait à Douarnenez, dans le Finistère…. cela dit, j’ai aussi relu un peu Pierre Loti, comment faire autrement quand vous êtes à deux pas de Paimpol ? et j’avais également un autre livre, Macérations de Ludovic Pautier… cela fait un moment que je suis en train de le lire, en fait je le déguste, la poésie j’aime bien qu’elle macère, c’est d’ailleurs une faculté qu’elle a bien plus que le roman… le rapport avec la Bretagne, il faut le chercher, il n’y en a pas, sauf peut-être s’agissant de la macération… de pommes… mais notre ami est plus amateur de jus de raisin, fermenté le jus, c’est mieux… et puis du flamenco, dans le coin… non, c’est plutôt le binioù… bon, là je vous dis ça aussi parce que c’est aujourd’hui l’anniversaire de Ludovic Pautier… alors très bon anniversaire !
« J’allais une fois encore vers cette Bretagne
Qui m’a très jeune fasciné
Qui m’est aimant quand j’en suis loin
Qui m’est douleur quand de trop près
J’en subis la loi inflexible
De pierres de ciels d’horizons.
Les hommes partout se ressemblent
Les lieux n’y pourront jamais rien
Les lieux ne nous donnent à vivre
Qu’avec parcimonie »
Georges Perros, Poèmes bleus, 1962
« Il y a des réalités
Qui ressemblent au rêve qu’on en fait
Avant de les connaître
Ainsi certains lieux de la terre
Avant même d’en avoir souffert la dureté
Le bien et le mal
La fragile éternité
Mais c’est nous qui sommes fragiles
Des lieux entr’aperçus
Dans le plus jeune de nos âges
Nous en avons plus qu’il ne faut
Ou antérieur
A notre premier regard sur le monde
Des lieux où la vie et la mort
Battent les cartes du grand jeu
Et qui grandissent avec nous,
Nous envahissent
A tel point que si l’on me demandait
Comment est fait l’intérieur de mon corps
Je déplierais absurdement
La carte de la Bretagne.
Georges Perros, Poèmes bleus, 1962.
Souvenir Facebook Vendredi 12 août 2022
Fin d’après-midi. Après la sieste – indispensable – et avant quelques travaux au pressoir, séance de de lecture.


