Et toujours avec Dante

Souvenir Facebook Dimanche 29 octobre 2023
 
journée tranquille, une petite ville, Colle di Val d’Elsa, et un village, Casole d’Elsa, magnifiques mais étrangement paisibles, presques déserts, loin de la foule des touristes… parfait
 
et toujours avec Dante,
 
Allusion à la Bataille de Colle di Val d’Elsa, du 16 au 17 juin 1269 à proximité de Colle di Val d’Elsa entre les troupes gibelines de Sienne et les Guelfes de Charles d’Anjou et de Florence.
 
« Et mes concitoyens étaient, près de Colle, aux prises avec leurs ennemis ; et je demandais à Dieu ce que, d’effet, il voulut.
Là défaits, l’amère fuite précipita leurs pas, et voyant la chasse, j’en conçus une joie plus vive que toutes les autres joies,
Et si grande que je levai ma face hardie, criant à Dieu : « Désormais, plus ne te crains ! » comme fait le merle pour un peu de bonace.
 
Dante, La Divine Comédie, Le Purgatoire, Chant 13.

Dante, La Divine Comédie

Souvenir Facebook Jeudi 26 octobre 2023
 
« Soudain le jour sembla s’être ajouté
au jour, comme si le tout-puissant
avait orné le ciel d’un deuxième soleil.
Béatrice était toute avec ses yeux
fixée dans les roues éternelles, et moi en elle
je fixai mes regards, détachés de plus haut ;
dans sa contemplation je me fis en moi-même
pareil à Glaucus, quand il goûta l’herbe
qui le fit dans la mer parent des dieux.
Outrepasser l’humain ne se peut
signifier par des mots ; que l’exemple suffise
à ceux à qui la grâce réserve l’expérience.
Si je n’étais qu’âme, plus récemment créée,
Amour qui gouvernes le ciel, tu le sais,
toi qui m’élevas par ta lumière.
Quand la roue, que tu animes éternellement
dans le désir de toi, me rendit attentif,
par l’harmonie que tu tempères et répartis,
un si grand pan de ciel me parut allumé
par le feu du soleil, que pluie ou fleuve
ne composa jamais si vaste lac.
La nouveauté du son et la grande lumière
m’allumèrent un désir de leur cause
jamais senti avec pareille acuité. »
 
Dante, La Divine Comédie, « Le Paradis », I, 61-84
(traduction Jacqueline Risset)

Théophile Gautier : Quand on voyage, « Florence »

Souvenirs Facebook Mercredi 25 octobre 2023

« La nuit était tombée lorsque nous arrivâmes à la porte San-Gallo. Un déjeuner assez mesquin, quoique arrosé de vin passable contenu dans de grandes fiasques de verre blanc nattées de sparterie, avalé à la frontière de Toscane, nous faisait désirer vivement, malgré notre sobriété ordinaire, un Aigle noir, un Lion rouge, un Soleil d’or, ou une Croix de Malte quelconque pour vaquer, comme dit Rabelais, « à cette réparation de dessous le nez » qui inquiétait tant ce bon Panurge. Nos yeux avaient fait leurs quatre repas bons ou mauvais ; mais notre estomac n’en avait fait qu’un, et bien maigre encore ! « 

« nous apercevions aussi, au delà des toits des édifices, la colline de San-Miniato, avec son église et ses cyprès, dont le nom nous était resté accroché dans l’esprit, quoique nous ne fussions jamais venu à Florence, par la lecture du Lorenzaccio d’Alfred de Musset, dont la cinquième scène porte pour désignation ce lieu de scène : Devant l’église de San Miniato à Montolivet. Comment ce détail insignifiant se retrouvait-il dans notre mémoire au bout de tant d’années, lorsque nous avons oublié tant de choses plus importantes ? Que celui-là le dise qui peut dérouler les circonvolutions mystérieuses des pauvres cervelles humaines. « 

« L’aspect général de Florence, contrairement à l’idée qu’on s’en fait, est triste. Les rues sont étroites ; les maisons, hautes, sombres de façades, n’ont point cette blanche gaieté méridionale qu’on s’attendrait à y trouver. Cette ville de plaisir, dont l’Europe élégante et riche fait sa maison d’été, a la physionomie maussade et rechignée ; ses palais ressemblent à des prisons ou à des forteresses ; chaque maison a l’air de se retrancher ou de se défendre contre la rue ; l’architecture, massive, sérieuse, solide, sobre d’ouvertures, a conservé toutes les défiances du moyen âge et semble toujours s’attendre à quelque coup de main des Pazzi et des Strozzi.
Ainsi, Florence, qu’on se figure couchée sous un ciel d’azur dans une draperie de blancs édifices et respirant avec nonchalance le lis rouge de ses armoiries, est effectivement une matrone austère, à demi cachée dans ses voiles noirs, comme une parque de Michel-Ange. « 

 

« Le David de Michel-Ange, outre l’inconvénient qu’il a de représenter sous une forme gigantesque un héros biblique dont la taille était notoirement petite, nous a paru un peu lourd et commun, défaut rare chez ce maître d’une si rigoureuse élégance ; c’est un grand et gros garçon bien portant, charnu, râblé, bastionné de pectoraux solides, muni de biceps monstrueux, un fort de la halle attendant qu’on lui mette un sac sur le dos. Le travail du marbre est remarquable, et, somme toute, est un bon morceau d’étude qui ferait honneur à tout autre statuaire que Michel-Ange ; mais il y manque cette maestria olympienne et formidable qui caractérise les œuvres de ce sculpteur surhumain ; il faut dire aussi que l’artiste n’a pas été entièrement libre : il a tiré son David d’un énorme bloc de marbre de Carrare, entaillé un siècle auparavant par Simon de Fiesole, qui avait essayé d’en extraire un colosse sans en pouvoir venir à bout. Michel-Ange, alors âgé de vingt, neuf ans, reprit l’ébauche et trouva en se jouant une statue géante à travers les essais informes de Simon de Fiesole ; quelques défauts de proportion dans les membres, le manque de marbre et des coups de ciseau visibles aux épaules indiquent la gêne que dut éprouver le grand statuaire dans l’accomplissement de ce tour de force singulier : entrer une statue dans la peau d’une autre. Michel-Ange seul pouvait se permettre cette étrange fantaisie. « 


« Les femmes de Florence, moins belles que les Milanaises, les Vénitiennes ou les Romaines, sont plus intéressantes et parlent davantage à l’idée ; elles plairont surtout à l’écrivain psychologue ; leurs yeux sont voilés de mélancolie, leur front est parfois rêveur, et quelques-unes offrent cet air de vague souffrance, sentiment tout récent et tout chrétien, qu’on chercherait vainement dans la statuaire grecque ou romaine ; au milieu des têtes italiennes classiques, les têtes florentines sont bourgeoises dans le sens intime et favorable du mot ; elles n’expriment pas seulement la race, dans l’individu ; elles ne sont pas exclusivement humaines, elles sont sociales. « 

Théophile Gautier, Quand on voyage, « Florence », 1865

Stendhal – Rome, Naples et Florence

Souvenirs Facebook Mardi 24 octobre 2023
 
« Florence, 22 janvier 1817. – Avant-hier, en descendant l’Apennin pour arriver à Florence, mon coeur battait avec force. Quel enfantillage ! Enfin, à un détour de la route, mon oeil a plongé dans la plaine, et j’ai aperçu de loin, comme une masse sombre, Santa Maria del Fiore et sa fameuse coupole, chef-d’oeuvre de Brunelleschi. « C’est là qu’ont vécu le Dante, Michel-Ange, Léonard de Vinci ! me disais-je ; voilà cette noble ville, la reine du Moyen Age ! C’est dans ces murs que la civilisation a recommencé ; là, Laurent de Médicis a si bien fait le rôle de roi, et tenu une cour où, pour la première fois depuis Auguste, ne primait pas le mérite militaire. « 
 

Aujourd’hui, en visitant la Basilique Santa Croce et le musée de la Galerie des Offices, j’ai pensé à ce phénomène psychologique qu’on appelle, et pour cause, le « syndrome de Stendhal ».
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« […] enfin, je suis arrivé à Santa Croce. […] Là, assis sur le marchepied d’un prie-Dieu, la tête renversée et appuyée sur le pupitre, pour pouvoir regarder au plafond, les Sibylles du Volterrano m’ont donné peut-être le plus vif plaisir que la peinture m’ait jamais fait. J’étais déjà dans une sorte d’extase, par l’idée d’être à Florence, et le voisinage des grands hommes dont je venais de voir les tombeaux. Absorbé dans la contemplation de la beauté sublime, je la voyais de près, je la touchais pour ainsi dire. J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les beaux-arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de coeur, ce qu’on appelle des nerfs à Berlin ; la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber. »
 
Stendhal, « Rome, Naples et Florence