Théorie de la bulle carrée

Souvenir Facebook Samedi 21 septembre 2919
 
« La route était longue pour avoir enfin l’audace de substituer la contemplation aux gestes inutiles. »
 
« Il faut passer plus de temps à essayer de savoir si la nature a besoin de vous qu’à intervenir de manière désordonnée. Il faut regarder la nature, apprendre à l’écouter. »
 
Sébastien Lapaque, Théorie de la bulle carrée

je me suis aperçu que je n’avais pas besoin de le boire pour aimer le vin

Souvenir Facebook Samedi 20 août 2022
 
« […] je me suis aperçu que je n’avais pas besoin de le boire pour aimer le vin. Je l’aimais déjà, je l’aimais avant de le goûter, je l’aimais avant de le connaître, je l’aimais avant de naître, je l’aimais avant que les poètes m’apprennent à l’aimer, je l’aimais avant que l’homme se décide enfin à cultiver, apprivoiser, choyer la vigne comme un trésor inespéré. Je l’aimais avant de savoir que la vigne porte des fruits, avant même que l’homme s’en avise, avant que je trouve une grappe au fond d’une combe et que je la goûte, je l’aimais comme un paysage rêvé, je l’aimais comme un songe et je l’ai détesté comme un cauchemar. Je l’aimais avec la ferveur que je veux éprouver plus tard pour la femme que j’espère aimer. Je l’aimais avec la pudeur que j’imagine être celle des amants courtois, oui, j’aimais le vin comme le troubadour chérit sa Dame – sans la connaître. J’aime donc le vin parce que je ne le connais pas, et que jamais je ne le connaîtrai.
J’aime le vin parce qu’il m’est étrange, parce qu’il m’est familier, parce qu’il est incompréhensible et fabuleux. J’aime le vin parce que je ne peux m’empêcher d’aimer les hommes.
J’aime le vin que je bois, lorsqu’il mérite son nom. Dans ma cave, il n’y a pas de vin. Il n’y a que d’heureuses espérances. »
 
Jean-Claude Pirotte, Le silence, Stock, 2016, pp. 45-46.

En relisant aujourd’hui : « je me suis aperçu que je n’avais pas besoin de le boire pour aimer le vin »… mais quand je le bois, je l’aime encore plus. et, ayant la nostalgie de cet amour consommé, je me condamne volontiers à en boire un autre. et, ainsi de suite, tant qu’il n’y aura dans ma cave « que d’heureuses espérances »…
 

Catherine Bernard, Lambrusque

Souvenir Facebook Mardi 20 août 2024
 
« Nous ne voyons plus que le visible.
Nous ne connaissons plus la langue des plantes. »

 » Pour dire le temps qu’il fait,
et celui qui passe,
le mot est le même,
le temps.
Cela prête à confusion.
Dans les vignes,
le temps qu’il fait,
dit l’espace où je suis,
puisque c’est lui qui détermine mes gestes.
A la cave,
les vins disent le temps qui passe.
Cela va tout de suite mieux.
Est-ce cela que je suis allée chercher dans les vignes,
une fusion du temps et de l’espace,
qui dissipe la confusion entre l’un et l’autre,
abolit la compression de l’un,
l’expansion de l’autre ? « 
 
Catherine Bernard, Lambrusque, Les ateliers d’argol, 2024.

En pays d’Armor, relire Georges Perros

Souvenir Facebook Jeudi 14 août 2025

depuis juillet 2020 j’écris un poème évolutif sur l’esprit des lieux, ce travail s’intitule le Dit des Lieux, il est alimenté au gré de mes voyages et de mes lectures, l’idée étant de lire ou de relire certains auteurs liés aux lieux où je me trouve… ici, sur la côte de granit rose, en pays d’Armor, j’ai choisi de relire Georges Perros – qui certes vivait à Douarnenez, dans le Finistère…. cela dit, j’ai aussi relu un peu Pierre Loti, comment faire autrement quand vous êtes à deux pas de Paimpol ? et j’avais également un autre livre, Macérations de Ludovic Pautier… cela fait un moment que je suis en train de le lire, en fait je le déguste, la poésie j’aime bien qu’elle macère, c’est d’ailleurs une faculté qu’elle a bien plus que le roman… le rapport avec la Bretagne, il faut le chercher, il n’y en a pas, sauf peut-être s’agissant de la macération… de pommes… mais notre ami est plus amateur de jus de raisin, fermenté le jus, c’est mieux… et puis du flamenco, dans le coin… non, c’est plutôt le binioù… bon, là je vous dis ça aussi parce que c’est aujourd’hui l’anniversaire de Ludovic Pautier… alors très bon anniversaire !


« J’allais une fois encore vers cette Bretagne
Qui m’a très jeune fasciné
Qui m’est aimant quand j’en suis loin
Qui m’est douleur quand de trop près
J’en subis la loi inflexible
De pierres de ciels d’horizons.
Les hommes partout se ressemblent
Les lieux n’y pourront jamais rien
Les lieux ne nous donnent à vivre
Qu’avec parcimonie »

Georges Perros, Poèmes bleus, 1962


« Il y a des réalités
Qui ressemblent au rêve qu’on en fait
Avant de les connaître
Ainsi certains lieux de la terre
Avant même d’en avoir souffert la dureté
Le bien et le mal
La fragile éternité
Mais c’est nous qui sommes fragiles
Des lieux entr’aperçus
Dans le plus jeune de nos âges
Nous en avons plus qu’il ne faut
Ou antérieur
A notre premier regard sur le monde
Des lieux où la vie et la mort
Battent les cartes du grand jeu
Et qui grandissent avec nous,
Nous envahissent
A tel point que si l’on me demandait
Comment est fait l’intérieur de mon corps
Je déplierais absurdement
La carte de la Bretagne.

Georges Perros, Poèmes bleus, 1962.