Sébastien Lapaque, On aura tout bu

Souvenir Facebook Samedi 1er octobre 2022
 
alors oui, je crois que c’est une bonne manière de commencer cette conversation avec le dernier livre de Sébastien Lapaque… par ces premières lignes…
 
« Ce n’est pas à la cave mais à la vigne que doit débuter toute conversation un peu sérieuse avec un vigneron. L’étourdi qui s’enferme dans le chai pour jacter comme un œnologue sans avoir jamais vu la feuille, la fleur ou le fruit s’expose à dire et à entendre beaucoup de bêtises. C’est une leçon jadis reçue de la bouche de
Marcel Lapierre, le regretté vigneron de Villié-Morgon : pour tutoyer le vin et ses mystères, il faut toujours en revenir aux questions agricoles, sol, plante, terroir, météo, culture. Un demi-clair matin de juin, à Avize, en Champagne, c’est donc dans la parcelle Les Chantereines – un bas de coteau argileux peu pentu et orienté vers l’est – qu’a commencée ma conversation sur le chardonnay avec Anselme Selosse. »
 
Sébastien Lapaque, On aura tout bu, Actes Sud, 2022

Francis Ponge, La fabrique du pré

Souvenir Facebook jeudi 28 septembre 2023
 
« […] selon Démocrite et Epicure, rien ne se crée de rien dans la nature (c.a.d. rien n’est créé). Rien ne se crée de rien, et il est bien évident que les « opera litteraria » le sont à partir des lettres et des mots et des signes de ponctuation, etc. (par simple permutation de ce que Lucrèce appelle « elementeria ». « 
 
Francis Ponge, La fabrique du pré
 
P.-S. : dans les herbes folles du pré
où les sentiers bifurquent
dans la forêt des signes
combinés à l’infini
cette matérialité de l’écriture
Gabriel Saad m’en a donné les premières clefs
dans ses cours à Paris 3 Sorbonne Nouvelle
 
N.B. C’était donc il y a bien longtemps, vers le milieu de la seconde moitié du siècle dernier.

La surprise

#lasecondemain

28 septembre 2016

« La surprise doit être recherchée pour elle-même, inconditionnellement. »

André Breton (19/02/1896 – 28/09/1966), L’amour fou

Pessoa : Lorsque viendra le printemps

Souvenir Facebook Jeudi 26 septembre 2024
 
Lorsque viendra le printemps,
si je suis déjà mort,
les fleurs fleuriront de la même manière
et les arbres ne seront pas moins verts qu’au printemps passé.
La réalité n’a pas besoin de moi.
 
J’éprouve une joie énorme
à la pensée que ma mort n’a aucune importance.
 
Si je savais que demain je dois mourir
et que le printemps est pour après-demain,
je serais content qu’il soit pour après-demain.
Si c’est là son temps, quand viendrait-il sinon en son temps?
J’aime que tout soit réel et que tout soit précis ;
et je l’aime parce qu’il en serait ainsi, même si je ne l’aimais pas.
C’est pourquoi, si je meurs sur-le-champ, je meurs content,
parce que tout est réel et que tout est précis.
On peut, si l’on veut, prier en latin sur mon cercueil.
On peut, si l’on veut, danser et chanter tout autour.
Je n’ai pas de préférence pour un temps où je ne pourrai plus avoir de préférences.
Ce qui sera, quand cela sera, c’est cela qui sera ce qui est.
 
Fernando Pessoa (1888-1935), Le Gardeur de troupeaux, III Poèmes désassemblés, Gallimard, collection Poésie, traduit du portugais par Armand Guibert, p. 129.