Orhan Pamuk, Souvenirs des montagnes au loin

Souvenir Facebook Vendredi 7 & 8 octobre 2022
 
« Je dois écrire sur mon bonheur de recouvrir un dessin de texte. Entre 7 et 22 ans j’ai cru que je serais peintre. A 22 ans le peintre en moi est mort et j’ai commencé d’écrire des romans. En 2008, je suis entré dans une boutique pour en ressortir avec deux grands sacs plein de crayons et de pinceaux, puis j’ai commencé à dessiner sur des petits carnets, entre le plaisir et la crainte. Oui, le peintre en moi n’était pas mort. »
 
« Dans ce roman que je n’ai pu écrire, les personnages K et O, l’écrivain et le peintre, finiront par comprendre, une fois parvenus au-delà des montagnes au loin, à force de se disputer, de se battre, que les MOTS et les images ne font qu’un. Telle était l’énigme cachée derrière les montagnes au LOIN. Et en réalité, ils la connaissaient déjà, par leurs souvenirs…
 
Mais ils firent tout de même le voyage, car savoir n’est pas se souvenir, c’est voir ce dont on se souvient.
L’IDEE DE SE PERDRE DERRIERE LA PLUS LOINTAINE MONTAGNE c’est le rêve de RETROUVER NOS ANCETRES – DE RETOURNER AU PARADIS… J’y étais ! dit alors l’homme.
 
Orhan Pamuk, Souvenirs des montagnes au loin, Carnets dessinés, Gallimard, 2022

A Niort, avec Claude Andrzejewski et Jean-Claude Pirotte

Souvenir Facebook Dimanche 6 octobre 2024

A Niort, avec Claude Andrzejewski et Jean-Claude Pirotte. « Un ami trop grand ». Tout à l’heure ce livre te servira de guide au Musée Bernard d’Agesci. Je pense que ça va être une belle visite. Derrière toi, sans doute, le fantôme de Jean-Claude. Une histoire de miroirs. Encore.

>> Visite virtuelle du musée Bernard d’Agesci de Niort

>> Visite virtuelle du musée Bernard d’Agesci de Niort

La Madeleine du Maître des Demi-Figures est riche et belle

Souvenir Facebook Vendredi 26 août 2022

Sainte Madeleine lisant. Par le Maître des demi-figures féminines, un peintre anonyme du XVIe siècle originaire des Pays-Bas méridionaux (école flamande).

« Autant Madeleine était riche, autant elle était belle », écrit Jacques de Voragine. La Madeleine du Maître des Demi-Figures est riche et belle, me disait Han, mais mon regard le plus attentif ne percevra jamais le secret de son passé, ni ne lira le livre qu’elle tient entre ses doigts fuselés, et dont les caractères m’auraient révélé son avenir, sa pensée, ses désirs. Nous ne sommes, disait-il encore, amoureux que d’une image, et j’attendais que l’image devienne mouvement, et je savais pourtant que le mouvement détruirait l’image. Le seul souci de Madeleine est sa lecture, et si elle levait les yeux sur moi, que pourrais-je lire dans ses yeux ? « 

Jean-Claude Pirotte, Une adolescence en Gueldre, La Table Ronde, 2005, pp. 132-133.

Jean-Claude Pirotte, Hollande

Souvenir Facebook Mercredi 24 août 2022

« dans les yeux de l’adolescente
on voit l’ombre gagner la lande
on voit les prochaines amours
s’éteindre et les ans mourir
on voit les voiles des navires
s’éloigner vers la fin des jours
on voit la mer qui se retire
le ciel s’assombrir et l’été
s’effacer à tout jamais
on voit l’hiver enfin s’étendre
et redessiner la Hollande »
 
 
 
« on peut voir au coin d’une allée
le ciel de nuit dans le canal
le regard de la bien-aimée
s’est éteint un soir de novembre
plus sombre que le cygne noir
un cycliste roulait sans phare
et sur le pont des voix amies
parlent encore au vieux tilleul
mais tu es seul à les entendre
parmi les échos du canal »
 
 
 
Jean-Claude Pirotte, Hollande, Poèmes et peintures

Claude Andrzejewski, Un ami trop grand

Souvenirs Facebook Vendredi 19 août 2022

Claude Andrzejewski, Un ami trop grand, Lettre à Jean-Claude Pirotte

deux amis…

cher Claude,
je commence aujourd’hui
ton livre
cette lettre à Jean-Claude
cet ami, trop grand dis-tu
ici dans ce pays du hasard
ce pays où il a appris à faire du vagabondage
un art de vivre,
ce pays où il a commencé à explorer à jamais ses rêves d’enfant,
à suivre les chemins de la fiction, ceux de la vie
ce pays comme une leçon de peinture et de poésie
ce pays comme la page d’un livre ouvert au hasard
Claude Andrzejewski, Un ami trop grand, Lettre à Jean-Claude Pirotte, La Dragonne, 2022.
Pour en savoir plus :

« Tu avais dit : « Ce sont les autres qui sont dans la fiction. » J’avais pensé en trempant les lèvres dans mon verre : « Qu’est-ce que ça signifie ? »  (p. 17)


« Je marche et je pense à toi, Jean-Claude, je pense tellement à toi depuis que tu n’es plus de ce monde. En vérité je pense à toi depuis notre rencontre à Angoulème, il y a trente ans. Pas un jour sans ta présence…
Je t’écris en marchant, je marche en moi en t’écrivant. » (p. 21)

« Je marche incessamment, et même de façon dynamique, ne m’asseyant guère qu’ici, devant le Cabinet de curiosités. » (p. 21)

Cabinet de curiosités (Kunstschrank) de Zette Cazalas. Musée Bernard d’Agesci, Niort.


« Je pense aux peintres que tu aimais, dont tu répétais souvent les phrases… » (p. 23)

Nicolas de Staël. Plage à Agrigente, 1953.


« Devant moi, une huile sur bois signée Willem Van Mieris, intitulée Vendeur de légumes. » (p. 26)

Willem Van Mieris (1662-1747), « Vendeur de légumes », Musée Bernard d’Agesci, Niort.


« Tu te souviens, Jean-Claude, de notre première rencontre… » (p. 29)
Et moi, je me souviens, Claude, de notre première rencontre… avec toi, avec lui…

 

Le Cabaret, Adriaen Jansz Van Ostade (d’après), Musée Bernard d’Agesci, Niort.

« Cabaret, taverne, café, qu’importe le nom qu’on lui donne, le lieu me rappelle inévitablement notre histoire, mon vieux frère. Les bistrots, nous les avons fréquentés en toutes occasions – quand l’occasion ne s’offrait pas, nous la fabriquions. » (p. 38.) 

« Tu aurais parlé beaucoup mieux que moi de ce cabaret là. Parce que tu fus adolescent en Hollande, que tu grandis au pays de Rembrandt et de Bruegel l’Ancien, et que plus tard tu devins peintre toi-même. » (p. 39)
Souvenirs Facebook Mardi 23 août 2022
Souviens-toi du soir où nous avions vu un sans-logis sous des cartons à Paris, tu m’avais dit : « Nous ne serons jamais des clochards. » (p. 82)

« Il faut s’avoir s’amputer », m’avais-tu dit. Non, pour moi, ce n’était pas si facile, la liberté était loin d’être gagnée. Je ne faisais qu’en goûter les prémices qui avaient, c’est vrai, une saveur extraordinaire grâce à toi […] ( p. 85)

« Nous n’avions pas stagné plus d’une semaine et demie à Angoulême avant que le voyage ne reprenne de plus belle. Cette fois-ci, direction l’Europe de l’est, plus exactement la Slovaquie. Tu étais invité à donner un cours magistral à la Faculté des langues romanes de Bratislava, le mardi à quatorze heures. Nous décollons donc dans une voiture de location le dimanche matin après une veille en forme de nuit courte et lente au cours de laquelle nous entonnons plus que jamais nos chants tchétchènes qui ressemblent aussi à des chants slovaques et à rien du tout. En quittant la place Francis-Louvel où nous venons de nous envoyer le coup de l’étrier, tu me fais : « On va filer ! Vloum ! Tu verras. On sera ce soir en Suisse !
Et nous nous arrêtons à Guéret pendant trois heures pour manger un peu et boire pas mal dans un restaurant que tu connais. Le soir, rebelotte à Bourg-en-Bresse à L’Auberge de l’Abbaye […] » (p. 88)

Souvenir Facebook Mercredi 24 août 2022
« Grâce à toi en même temps que par ta faute, j’ai donc marché au bord d’un néant qui a failli m’engloutir. Dans ces rues, par cette nuit affreuse et cette aube poisseuse, le moindre trottoir était un précipice. Cela faisait sans doute partie de l’initiation nécessaire. […] Bien sûr, nous en avons réchappé, des pièges et des dangers de Bratislava. Nous n’y avons pas trouvé la mort bien que son ombre ait plané, ni l’amour – aujourd’hui comme hier Lidka est un rêve -, ni la peur, que l’alcool dans notre sang anesthésiait. Nous n’avons trouvé que l’amère certitude de voir le cancer du monde se généraliser, voilà tout. » (pp. 103-104)

Souvenir Facebook Mercredi 25 août 2022
« Je me rappelle que je m’en voulais de ne pas être tout simplement heureux, là, avec toi. Ai-je alors songé à ces mots de Paul de Roux ou me les as-tu cités ? « Tu ne peux être là et ailleurs. Si étant là tu veux être ailleurs aussi, tu n’es ni là ni ailleurs. » Mais le vin triste me tenait. » (p. 125)

Souvenir Facebook Dimanche 28 août 2022

je confirme, Pirotte pouvait parfois avoir un sale caractère… mais on l’aimait comme ça…
« Mon vieux fiston, tu sais que je ne suis pas un bon « père », mais plutôt un sacré emmerdeur. » (p. 151)

Pirotte avait un rapport au temps très particulier, je confirme…
« Tu n’arrives jamais à l’heure et encore moins en avance, même aux événements que tu organises et que tu dois toi-même animer ; à l’heure dite en général nous sommes encore au bar du coin ou chez toi à finir la bouteille. Pirotte, ou l’Eternité en personne. » (p. 160)
L’éternité mise en bouteille.

« Tu es malade et tu m’envoies à ta place à la Maison Wallonie-Bruxelles à Paris où l’on t’a invité à donner des lectures de ton oeuvre. […] J’ai bu pour me donner du courage… » ( p. 164)
Je me souviens, cher Claude, que nous avons ensuite passé la nuit ensemble, avec Julien Dérôme le rédacteur en chef de la revue Borborygmes, allant de bars en clubs de jazz à mesure qu’ils fermaient, descendant vers la Seine nous sommes passé devant Notre-Dame sur le parvis désert – c’était beau – pour échouer très tôt le matin à l’ouverture du café Le Départ, place Saint-michel…
Qu’est-ce qu’il devient d’ailleurs, Julien Dérôme ? La revue Borborygmes a tiré le rideau en 2014… Après la mort de Pirotte. Mais ça n’a aucun rapport, même si Jean-Claude avait bien aidé à sa naissance et y avait publié pas mal de poèmes…

Souvenir Facebook Lundi  05 septembre 2022
« Oui, je resterai ton auguste et ton chantre, mais pour t’amuser, pour m’amuser aussi, pas pour de vrai. Je te visiterai comme « jadis et naguère » dans ton antre où nous aurons d’autres nuits blanches. Tu peindras d’autres toiles, que nous accrocherons aux murs de la masure, et à la voûte cloutée des étoiles. Nous écrirons d’autres livres, ce seront tous des chefs-d’oeuvre ou aucun, ça n’aura pas d’importance, ils diront que nous aurons été « présents ». Avec nos amis, nous boirons du vin, du blanc, du rouge, du rose, du jaune, du vert, la palette n’aura pas le temps de sécher, ainsi qu’il est, dans l’atelier fraternel, de bon aloi. Et nous boirons aussi du jus de carotte, du petit lait, et la voie lactée, et le ciel entier. Nous nous regarderons comme nous l’avons si souvent fait, sans plus parler, à travers les nuages de tabac car nous ne cesserons de fumer comme des locomotives d’antan. Ce sera fantastique. Dans cet autre monde nous rêvasserons et traînasserons à notre lente allure coutumière, en cueillant des champignons, des marguerites et des baisers sur la bouche des passantes. Je serai à jamais avec toi, mon vieux frère. Cette fois en étant moi et personne d’autre. » (p. 183)