Car oui, il était temps de l’ouvrir cette bouteille d’Yquem 88, pour les 30 ans de ton aînée. Et nous en parlons encore.
Souvenir Facebook 22 avril 2018
« Or donc nous avions trouvé, chez un docte marchand, dans le nord-est de Paris, vers La Villette, une bouteille de vieil Yquem, année 1947 […]
La tunique du liquide avait pris un or profond, jaune oragé tirant sur le cuivre, nué de reflets roses : couleur sage et intelligente parfumée aux piquants du désir. On aurait dit un fond de chaudron poli par la patience et le temps dans une cuisine flamande, un peu obscure, entre des traverses de bois noir. Le vin luisait comme la paille dans une étable, comme la boîte du compas illumine le quart, la nuit, dans le vent. Le bouchon, solide, passait déjà, un peu, au fluide, le liège brun virait au blond, tout changeait de phase .
Nous avons pris tant de temps pour boire ce verre que nous en parlons encore. »
Michel Serres, Les cinq sens
En 1988, je n’avais pas les moyens d’acheter un Yquem 1947 pour fêter la naissance de ma fille Alice. Je trouvais chez un marchand de Saint Emilion un Moulin Touchais Coteaux du Layon 1947. Nous avons dégusté ce vin, en prenant notre temps, dans la maison au milieu des vignes.
2018, Alice a trente ans, ce 22 avril. Cette fois, oui, il est temps d’ouvrir une bouteille d’Yquem 1988.



