Dante, La Divine Comédie

Souvenir Facebook Jeudi 26 octobre 2023
 
« Soudain le jour sembla s’être ajouté
au jour, comme si le tout-puissant
avait orné le ciel d’un deuxième soleil.
Béatrice était toute avec ses yeux
fixée dans les roues éternelles, et moi en elle
je fixai mes regards, détachés de plus haut ;
dans sa contemplation je me fis en moi-même
pareil à Glaucus, quand il goûta l’herbe
qui le fit dans la mer parent des dieux.
Outrepasser l’humain ne se peut
signifier par des mots ; que l’exemple suffise
à ceux à qui la grâce réserve l’expérience.
Si je n’étais qu’âme, plus récemment créée,
Amour qui gouvernes le ciel, tu le sais,
toi qui m’élevas par ta lumière.
Quand la roue, que tu animes éternellement
dans le désir de toi, me rendit attentif,
par l’harmonie que tu tempères et répartis,
un si grand pan de ciel me parut allumé
par le feu du soleil, que pluie ou fleuve
ne composa jamais si vaste lac.
La nouveauté du son et la grande lumière
m’allumèrent un désir de leur cause
jamais senti avec pareille acuité. »
 
Dante, La Divine Comédie, « Le Paradis », I, 61-84
(traduction Jacqueline Risset)

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